Stratégie de surveillance biologique des côtes francaises
Les études de faisabilité et de mise au point menées depuis 1987 sur les côtes françaises dans le domaine de la physiologie et de la biochimie ont permis d'intégrer un test d'évaluation de l'effet des polluants dans le cadre du RNO. Le premier biomarqueur retenu pour la surveillance fût donc l'EROD. L'intérêt de cette enzyme en tant que biomarqueur est quelle est induite par des polluants chimiques très largement répartis dans le milieu marin. Plus la concentration de ces
polluants est élevée, plus l'enzyme est active. Le principe d'analyse est basé sur la mesure de l'activité enzymatique de l'EROD dans des foies de poissons utilisés comme témoins de la santé de leur environnement.
Le choix des espèces de poissons sentinels, le dragonet ou callionyme (Callionymus lyra) et la limande (Limanda limanda) en Manche-Atlantique ainsi que le rouget (Mullus barbatus) et les serrans (Serranus cabrilla ou hepatus) en Méditerranée a été déterminé suivant les critères suivants :
une large répartition géographique dans le site étudié,
une capture aisée,
une certaine sédentarité
et une représentativité de l'écosystème côtier.
.
Les résultats du RNO en matière de contaminants ont permis de choisir deux sites pilotes particulièrement contaminés par les PCB et/ou les HAP pour démarrer la surveillance des effets biologiques : la Baie de Seine et le golfe de Fos-sur-Mer.
. Les résultats obtenus en mars et août 1992 sur le callionyme et la limande, ne sont pas suffisants pour interpréter de manière précise les variations d'activité enzymatique EROD, en dehors et pendant les périodes de reproduction. Seul un suivi sur plusieurs années pourra permettre de mieux apprécier la combinaison des effets environnementaux et hormonaux sur les poissons.
Néanmoins, les différences d'induction de l'activité EROD sur le callionyme et la limande apparaissent en relation avec le découpage proposé de la baie de Seine en quatre zones. Les trois zones, marine,centrale et côtière sud montrent globalement des activités EROD inférieures dans la zone sub-estuarienne qui semble la plus exposée au panache de la Seine. Une étude de la distribution des PCB dans la limande et les espèces benthiques de la baie a confirmé l'influence de la Seine pour la contamination de la zone estuarienne. Les niveaux de PCB exprimés pour deux congénères prédominants (CB153 et CB138) ont fait apparaître une contamination plus élevée des organismes, mollusques, crustacés et limandes, dans la zone estuarienne.
Fos-sur-Mer
Les bioindicateurs sont le Serranus hepatus (serran) et le Mullus barbatus (rouget barbet de vase). Le secteur d'échantillonnage choisi, de Fos-sur-Mer à Cortiou, est soumis en permanence aux effets des rejets du grand émissaire de la ville de Marseille et se trouve au coeur de l'important complexe industriel de Fos-sur-Mer ainsi qu'en bordure de l'aire de dilution du Rhône. Le rouget barbet de vase, très largement distribué sur la côte méditerranéenne en mai et en octobre, est une espèce sentinelle bien adaptée à la surveillance. Il a été facilement collecté par chalutage sur la portion de côte allant de Cortiou à Fos-sur-Mer.
Par contre, les activités EROD mesurées sur le site de Fos-sur-Mer sont 8 à 12 fois supérieures à celles mesurées à Marseille.
Contrairement aux mesures réalisées en mai 1992, celles effectuées en octobre ne montrent pas de différences significatives entre les stations de Fos-sur-Mer et celles de Marseille et Cortiou. Le serran est un poisson benthique sédentaire vivant sur des fonds allant jusqu'à 100 mètres. C'est une espèce hermaphrodite synchrone se reproduisant durant la période de mars à août. Connaissant l'influence des hormones sexuelles sur l'activité EROD et les différences observées suivant le sexe, l'hermaphrodisme du serran constitue un modèle intéressant pour le suivi des variations saisonnières de l'activité enzymatique EROD dans un site contaminé. Le serran a été facilement échantillonné par chalutage entre Fos-sur-Mer et Cortiou .
Un gradient de pollution de la côte vers le large a été observé sur des fonds de 25 à 100 mètres
Une étude menée sur les flux et le devenir des HAP dans le delta du Rhône a montré une forte décroissance vers le large. A l'embouchure du Rhône l'accumulation de polluants dans les sédiments superficiels est importante.
L'augmentation des teneurs en HAP parfois observée à la limite du plateau continental, pour des profondeurs de 80 à 100 m, est peut-être liée à des apports supplémentaires véhiculés par le courant liguro-provençal qui longe la côte dans la direction sud-sud-ouest. L'érosion naturelle favorisant le déplacement du sédiment et les mouvements naturels des poissons, même réduits, sont autant de facteurs susceptibles de compliquer l'interprétation des inductions d'activités EROD.
