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La Caulerpa taxifolia

La souche de Caulerpa taxifolia qui colonise la Méditerranée présente des adaptations qui la rendent très compétitive. Ce succès compétitif vis-à-vis des espèces indigènes s'explique par de nombreux facteurs.

Caulerpa taxifolia présente la particularité d'être coenocytique, c'est à dire qu'elle est composée d'une cellule unique géante renfermant le cytoplasme et le noyau. On peut distinguer sur l'algue les stolons (rhizomes), portant les frondes (feuilles) et les piliers terminés par des rhizoïdes, qui jouent le rôle de racines.

Lorsqu'une partie de l'algue est sectionnée, la cicatrisation est rapide, la partie séparée peut alors se développer indépendamment comme une bouture. La reproduction végétative semble être le seul mode de reproduction de Caulerpa taxifolia en Méditerranée. L'ensemble des colonies semble donc être un clone constitué génétiquement d'un seul et même individu fragmenté en de nombreux individus identiques. Caulerpa taxifolia, comme de nombreux végétaux, synthétise des substances toxiques qui la protègent des prédateurs (herbivores) et parfois des compétiteurs. Des études ont permis de mettre en évidence la production de neuf substances toxiques chez la souche méditerranéenne de Caulerpa taxifolia, parmi lesquelles la caulerpényne. Cette substance présente des effets antiviraux, antifongiques, ichtyotoxiques et répulsifs ; elle inhibe par exemple le développement des oeufs d'oursins. Cependant, il n'a été démontré aucun effet sur la santé humaine.

La souche méditerranéenne possède des caractéristiques morphologiques et physiologiques inhabituelles par rapport aux souches tropicales : longueur des frondes supérieure (jusqu'à 80 cm au lieu de 25 cm dans les eaux tropicales) et densité exceptionnelle (jusqu'à 14 000 frondes par m²). Lorsque Caulerpa taxifolia s'implante, ses axes rampants et ses rhizoïdes tissent rapidement une couverture compacte qui piège les sédiments et stoppe la lumière. Le substrat devient peu à peu inaccessible aux autres organismes fixés, aux autres algues en particulier. Une prairie monotone et pauvre en espèce peut ainsi remplacer la vingtaine de communautés et de faciès algaux existant généralement dans les petits fonds.

De plus, en Méditerranée l'algue peut survivre à des températures comprises entre +7°C et +30°C. Il est donc peu probable qu'elle disparaisse naturellement à la suite d'un hiver très rigoureux ou d'un réchauffement des eaux, contrairement à ce que l'on a pu espérer initialement. Les meilleures conditions de croissance sont observées en août-septembre (jusqu'à 1,5 cm de croissance par jour) lorsque la température de l'eau est comprise entre +20°C et +30°C. Les stolons peuvent ainsi s'étendre sur près de 2 m en une année et tisser un réseau très dense..

La dissémination de Caulerpa taxifolia sur de courtes distances (quelques dizaines à plusieurs centaines de mètres) se fait principalement par le transport de boutures emportées par les courants. Un petit fragment de l'algue suffit pour donner naissance à une nouvelle colonie ; la progression de cette nouvelle colonie peut alors être très rapide (multiplication annuelle de la surface par 2 à 10). L'extension se poursuit de proche en proche, l'aire de répartition atteint ainsi la profondeur de 40 à 50 m au bout d'une dizaine d'années. La colonisation se poursuit alors préférentiellement latéralement, de part et d'autre de la zone atteinte, le côté situé sous le courant dominant progressant plus vite.

La dissémination de boutures dans les sites très éloignés des secteurs fortement contaminés ne se fait que par les activités humaines : plaisance et pêche artisanale. Les fragments de l'algue, accrochés aux ancres et chaînes des bateaux de plaisance, aux engins de pêche, voire au matériel de plongée, peuvent survivre 10 jours dans un endroit humide à l'abri du soleil (puits d'ancre, filets, sac de plongée), régénérer et former une nouvelle colonie une fois rejetés en mer.
L'expansion rapide de Caulerpa taxifolia en Méditerranée engendre des conséquences écologiques et économiques.

Du point de vue écologique, des études ont démontré les effets suivants :

Du point de vue économique, la présence de Caulerpa taxifolia entraîne des incidences sur la pêche artisanale côtière et la plongée sous-marine :

Depuis 1992, les surfaces concernées par cette algue sont trop importantes pour que leur destruction totale puisse être envisagée. Aucune «solution miracle» n'existe. Il est impossible de tout éradiquer par des moyens physiques ou chimiques (arrachage manuel, aspiration, sel, procédés à base de cuivre...).
Certaines de ces techniques permettent cependant d'éliminer ou de contrôler de petites colonies isolées et éloignées des grandes zones envahies ou de sauvegarder des «zones d'intérêt patrimonial» dans lesquelles on ne souhaite pas que l'algue s'installe.

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