Causes de régression de l'herbier de Posidonie
En particulier aux abords de grandes villes de la côte méditerranéenne, l'herbier de Posidonies a connu une très forte régression notamment au 20 ème siècle, régression allant jusqu'à 90 %, en particulier et par exemple à Marseille ou dans la rade de Toulon pour ce qui concerne la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Cette régression n'est pas générale ; il existe des zones où l'herbier est resté stable.
La
stratégie écologique de type K (<>r) (espèce longévive c.a.d.
sempervirente allouant une grande part de son énergie dans l'appareil
végétatif et sa défense : polyphénols par exemple, est différente de la
stratégie r ou l'énergie est alloué à la reproduction et la mort
intervient au bout d'un ou deux ans) et le réchauffement climatique
devraient dès maintenant et dans les prochaines décennies favoriser
leur développement.
La fragilité de la Posidonie provient en fait de
son manque de variabilité génétique qui la rend sensible quelque soit
le clone touché à des maladies, à la pollution, le manque de lumière,
attaques biologiques et ce de façon uniforme aux facteurs cités
ci-dessus. Les facteurs anthropiques sembleraient être (en agissant
souvent de manière synergique avec d'autres facteurs) à l'origine de
cette forte régression
Le Réseau de Suivi des Posidonies (RSP) a été
mis en place pour surveiller la progression ou regression de l'herbier.
Il comporte, pour chaque point , un repère de la partie supérieure de
l'herbier, de la partie inférieure et un carré balisé ou la présence de
la matte vivante ou morte est retranscrite sur papier pour suivre
l'évolution de cette dernière.
Le recouvrement par des aménagements côtiers entraînant la modification des flux sédimentaires.
La Posidonie est aujourd'hui protégée et aucun aménagement de type marina comme à Port Grimaud dans le Var, ne peut se faire si il a une quelconque atteinte à son intégrité. Cela n'a pas toujours été le cas. Ainsi les aménagements côtiers ont détruit de larges portions de l'herbier, destruction amplifiée par la modification de la courantologie et du flux sédimentaire soit trop fort par endroits entraînant l'étouffement de la plante , soit trop faible résultant en un déchaussement de la matte. De plus, le nuage turbide créé lors de l'aménagement côtier, a pu faire régresser l'herbier dans sa partie la plus profonde par diminution de la lumière (ph)
La modification des apports fluviatiles
Les fleuves et cours d'eau débouchant sur le littoral peuvent perturber l'intégrité et la santé de l'herbier à Posidonies :
- par dessalure :
L'herbier
est sensible à l'eau douce. Celle-ci empêche la Posidonie de se
développer selon la quantité d'eau douce variable selon la période de
l'année et la présence ou non de barrages. Il est certain que certaines
zones n'ont jamais été colonisées mais qu'elles le peuvent maintenant
suite à une augmentation de la concentration en sel ( la réduction du
débit d'eau par les barrages en est la raison)
- Diminution de l'hydrodynamisme et sédimentation
Les
barrages entraînent aussi une diminution de l'apport de particules
sédimentaires et une diminution de l'hydrodynamisme. Le premier facteur
est susceptible d'entraîner un déchaussement des rhizomes sur de larges
zones. L'embouchure du Nil est une zone de ce type Ph p37
La diminution de la transparence de l'eau
Elle influence la limite inférieure de l'herbier. La diminution de la limpidité de l'eau peut s'expliquer comme suit : « les rejets urbains par temps sec (eaux résiduaires) ou lors d'épisodes de pluie importants ou bien encore à cause de certaines activités anthropiques peuvent accroître la charge des eaux côtières en particules en suspension, en nutriments et en matière organique dissoute ou particulaire. A leur tour, les nutriments et la matières organique provoquent la prolifération des organismes planctoniques » (phytoplancton et zooplancton). Au final , la transparence de l'eau se trouve réduite et l'herbier de Posidonies remonte.
Des épiphytes peuvent aussi se multiplier sur les feuilles
au point de réduire la quantité de lumière arrivant sur ces dernières.
Cela est surtout du aux nutriments et la chaîne trophique qu'elles
entraînent mais la Posidonie se trouvant habituellement dans des eaux
oligotrophes (def) en Méditerranée, peut aussi supporter des eaux
mésotrophes (def) près de la sortie d'émissaire d'eaux résiduaires
épurées en particulier.
Comme nous l'avons déjà dit, si des barrages
sont construits, la diminution de la quantité de sédiments arrivant au
littoral est responsable du déchaussement des rhizomes des Posidonies
même si l'eau est plus limpide. (cf §3).
La remontée du niveau inférieur des herbiers à Posidonies est un phénomène généralisé sur tout le pourtour de la Méditerranée mais plus particulièrement près des grands centres urbains (Marseille, Toulon, Nice etc...) et des ports ; cela malgré la construction de stations d'épuration sensées épurer les eaux domestiques et industrielles.
La présence excessive de nutriments et de contaminants chimiques
Parmi les contaminants émis par les rejets terrestres et nocifs pour la Posidonie, citons les détergeants, les HAPs (Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques), les pesticides, les métaux lourds comme le Mercure, les métaux « non lourds » et le TBT, ancien composant des peintures antisalissure des coques pouvant être relargué à partir des sédiments sous des conditions physico-chimiques particulières (en particulier dans les ports).
L'effet des substances solubles est rapide. Les substances insolubles s'accumulent jusqu'à des concentrations nocives pour la flore et la faune. Elles peuvent, en particulier perturber la photosynthèse :
- les détergents s'accumulent dans les mattes , contaminant les racines, les rhizomes et feuilles. Leur présence à de faibles concentrations peut favoriser la croissance pour certaines espèces puis entraînent, leur concentration augmentant, une diminution significative du métabolisme par blocage de la photosynthèse ; on note alors chez la Posidonie, des altérations morphologiques et histologiques (des tissus)
- Le Mercure (Hg) est absorbé par les racines pour atteindre la même concentration que celle des sédiments et crée de graves désordres physiologiques chez la plante ainsi que des nécroses «(mort) cellulaires et l'arrêt de la croissance des feuilles. Cette faculté d'accumulation élevée permet de suivre l'évolution selon le temps, de composés toxiques comme le Hg. La méthode utilisée s'appelle « la lépidochronologie » et permet de dater les épisodes polluants grâce à l'analyse et datation des racines, rhizomes, et écailles de feuilles.
Les ancrages
Pour ce qui est des ancrages, ceux avec une ancre sont les plus délétères pour l'herbier, surtout quand l'ancre n'est pas relevée à la verticale. Le dommage peut aussi se faire au moment de la descente de l'ancre par cassure et raclage des feuilles et rhizomes.
La chaîne sur le fond rague (def) et ainsi arrache par son mouvement les feuilles et les rhizomes souvent de manière grave !
Un mouillage par corps-mort (souvent un pneu rempli de béton) est aussi néfaste à l'herbier : la chaîne abîme toujours les feuilles et les rhizomes et le corps-mort détruit la vie par manque de lumière et écrasement.
Le système actuellement en plein développement très peu perturbateur pour l'herbier est le mouillage type « Harmony » (Photo) : au dessus de l'herbier, un « ressort » rigide inaltérable est visé dans la matte. Ce type d'ancrage évite l'effet négatif mécanique d'une ancre ou d'un corps-mort et ne perturbe pas l'écosystème.
L'ancrage par
ancre ou corps mort (mouillage forain ) sur sable est conseiller si
cela est possible car il n'est pas néfaste à l'écosystème limnique
(def). L'ancrage sur Posidonies par ancre ou corps-mort endommage
gravement l'herbier et ce d'autant plus que la plaisance est en voie de
développement et que des sites à haute valeur patrimoniale, écologique
ou paysagère sont touchés.
Outre l'effet direct, on constate un
effet induit du aux objets rejetés ( macro-déchets), aux détergents,
hydrocarbures (essence), huiles de moteurs et eaux noires (def)
rejetées.
Etude de cas : le mouillage organisé de Cavalaire sur Mer
Les arts traînants
Les arts traînants, comme les ancres des grosses unités (navires de croisière, militaires etc..), ont un impact significatif sur l'herbier par raclage et labour de l'herbier. Pour les arts traînants, une chaîne sur le bas du chalut ainsi que les panneaux verticaux, raclent la matte et arrachent rhizomes et feuilles. Ils sont un facteur non négligeable de destruction des herbiers. Les zones abîmées sont le lieu de formation de marmites érosives.
L'aquaculture côtière
Quand les fermes sont situées au dessus d'un herbier, elles ont un impact fort (fig 46) et ce d'autant plus qu'on est proche de la ferme. Les substances en causesont la teneur en matière organique et azote du sédiment ; la teneur en phosphates dans la colonne d'eau. Une ombre portée est aussi néfaste à la santé de l'herbier.
Tous ces paramètres entraînent une diminution de la vitalité de l'herbier comme par exemple une diminution de la densité des faisceaux et de la production primaire.
Comme solution, on peut proposer la réalisation de fermes aquacoles uniquement au dessus d'écosystèmes sans présence de Posidonies ; une rotation de la production sous forme de jachère laissant à l'herbier endommagé le temps de se « reconstruire ».

