Une expérience unique pour un fleuve de cette ampleur
Entretien avec...
Michel Lerond, consultant en environnement,
auteur de l'étude sur les « macro-déchets » des berges
de la Seine réalisée en 1997
Quels constats tirez-vous de votre étude ?
Avant d'avancer des solutions, il fallait comprendre comment ces déchets se déposent, d'où ils viennent et que sont-ils. Il s'agit aussi d'un état des lieux de la pollution des berges du fleuve depuis le barrage de Poses (à environ 50 km en amont de Rouen) jusqu'à l'estuaire de la Seine. Tous ceux qui aiment ce fleuve, ou qui en sont riverains, peuvent la constater tous les jours, mais
encore fallait-il la quantifier et expliquer cette « macropollution».
Le diagnostic est consternant : près de 20 % du linéaire de berge est touché. Sur 58 kilomètres de berges polluées,
on identifie 68 dépôts importants ponctuels ou linéaires. Cela représente 29 000 m3 de déchets pour un poids de 9 000 tonnes.
Imaginez la production annuelle en déchets ménagers d'une ville de 20 000 habitants déversée sur les berges !
Quels sont ces déchets ?
Ce sont essentiellement des morceaux de bois souillés, des objets plastiques sous toutes leurs formes, mais aussi des gravats et déchets du bâtiment déversés en décharge sauvage ou encore des ferrailles. Les plus lourds gisent sur le fond du lit de la Seine, les autres dérivent, entre deux eaux. Il faut préciser que ces « macro-déchets » contiennent parfois des produits toxiques et que leur durée de vie affecte durablement notre environnement. Sans compter tous ceux qui ne sont pas piégés et qui s'en vont vers le littoral et le large.
Comment se déposent-ils sur les berges ?
La Seine est un fleuve soumis à l'influence des marées, c'est très important pour comprendre la dynamique de dépôt. Une crue ou une plus forte marée peut déposer les déchets sur des terrains situés à plus de 100 mètres du fleuve. Plus généralement, les déchets flottants sont portés par les flots des marées montantes et descendantes, soulevés par la lame au passage d'un cargo, puis, un jour, ils viennent engraisser les berges, là où elles ne sont pas endiguées et présentent une configuration de piège naturel. Ils se mêlent à la végétation, on ne peut les voir qu'en s'en approchant à pied. Depuis le fleuve, ils sont peu visibles. Celui qui ne les cherche pas peut ne pas les voir !

Fascinage pour stabiliser les berges
Quelles ont été les suites concrètes de votre étude ?
Il a été décidé de commencer en 2001 par le nettoyage de deux sites, Hénouville et Yville-sur-Seine, pour expérimenter
une méthode de ramassage, de stockage et de tri avant transfert dans les filières de valorisation. Il n'est pas possible d'utiliser des moyens mécaniques, aussi le nettoyage se fait-il à la main.
C'est une équipe d'une dizaine personnes qui s'occupe de ce travail difficile. Elle a mis en place un piège pour capter les déchets et faciliter l'entretien du marais d'Hénouville. C'est un dispositif ingénieux et efficace,totalement adapté à la topographie de la berge et aux mouvements de marée à cet endroit.
D'autres opérations de nettoyage ont suivi à Ayzier et à Quillebeuf-sur-Seine.
Existe-t-il d'autres expériences de cette nature en France et à l'étranger ?
Avant de faire ce travail d'investigation, j'ai recherché des références comparables pour des fleuves soumis à l'influence des marées. Il existe bien des barrages filtrants,des bateaux nettoyeurs sur la Seine, le canal du Midi, dans le port de Strasbourg ou même sur le Saint-Laurent au Canada. Mais rien n'est véritablement transposable au cas particulier des berges de Seine.
L'opération qui est menée ici est de ce point de vue, unique.
Elle pourra à son tour servir de référence pour d'autres sites pollués par les « macro-déchets ».
