Le diagnostic et ses échelles
Le diagnostic du risque de contamination des eaux par les produits phytosanitaires peut avoir essentiellement deux objectifs.
• Le diagnostic est mené en phase « préventive », avant qu'une contamination ne soit avérée, pour identifier les zones et pratiques qui pourraient poser problème et permettre ainsi de prévenir la contamination des eaux par les pesticides, par des mesures adaptées (mise en place de plan d'action). Un tel diagnostic peut également permettre de cibler le suivi de la qualité de l'eau en se focalisant sur des bassins posant potentiellement problème.
• Le diagnostic peut également être effectué quand une contamination est constatée, pour identifier les causes et permettre ainsi de mettre en place un plan d'action pertinent.
Un tel diagnostic peut se restreindre aux eaux de surface ou aux eaux souterraines, ou encore s'intéresser à ces deux types de ressource en eau. Les principes du diagnostic sont les mêmes quelque soit l'échelle concernée ; leur mise en œuvre se décline toutefois différemment en fonction de l'échelle considérée et des moyens disponibles (données et moyens humains). Nous rappelons ici les principes de base, les méthodes de diagnostic seront ensuite détaillées en fonction de la zone considérée : parcelle, petit bassin versant, grand bassin versant ou région.
L'altération possible des usages de l'eau par les pesticides constitue un potentiel (ou risque) de contamination, qui résulte à la fois de la vulnérabilité du milieu aquatique et de l'utilisation des pesticides, ou pression de contamination. Ce risque est problématique s'il se réalise dans une zone à enjeux pour l'eau. Ces enjeux peuvent être de différentes sortes : eau potable, bon état écologique du milieu, eaux de baignade, enjeux patrimonial, zone naturelle sensible ... La démarche de diagnostic sur une zone consiste donc essentiellement à :
• évaluer la vulnérabilité de la ressource considérée, qui passe notamment par la détermination des circulations hydriques prépondérantes (ruissellement de surface, infiltration vers une nappe profonde, écoulements latéraux sous la surface, drainage par tuyaux enterrés, écoulements mixtes) et l'estimation des temps de transfert de l'eau. En effet, comme cela est exposé dans un autre article (ref) de ce numéro, les pesticides peuvent se dégrader ou être retenus par les particules de sol ou la matière organique, au cours de leur transfert vers le milieu aquatique : le chemin suivi, et le temps mis à le parcourir sont donc essentiels pour estimer la potentialité pour les polluants d'atteindre effectivement le milieu aquatique.
• Estimer la pression de contamination, c'est à dire caractériser l'utilisation des pesticides sur la zone considérée : diversités des substances actives employées, dates et doses de traitement, modes d'application, surfaces concernées .... A une échelle supérieure à celle de la parcelle, il importe de considérer non seulement les applications sur les parcelles agricoles, mais aussi les pratiques sur l'exploitation, pour le milieu agricole, et les usages non agricoles, de façon plus générale (voiries, collectivités, SNCF, particuliers). En effet, si les quantités concernées sont moins importantes que celles mises en jeu sur les parcelles, la « concentration dans l'espace » des traitements est supérieure, advient souvent sur des zones plus ou moins imperméabilisées, et induit potentiellement des transferts significatifs.
Les données mobilisables varient bien sur avec la taille de la zone à traiter : elles peuvent être très détaillées à l'échelle de la parcelle, et deviennent nécessairement assez globales en passant à l'échelle de la région.
