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Echelle du Bassin Versant

 

Le diagnostic à l'échelle du petit bassin versant (quelques kilomètres carrés) est une déclinaison du diagnostic à l'échelle parcellaire : il s'agit de prendre en compte l'ensemble des parcelles constituant le bassin versant et de caractériser le niveau de risque qu'on peut leur attribuer, mais aussi de tenir compte de leur connectivité avec la ressource en eau. Ainsi, une parcelle qui est considérée ne représenter qu'un risque limité de façon intrinsèque, sera t-elle néanmoins prise en compte si elle est directement reliée à la rivière par un fossé rectiligne. A l'inverse, une parcelle représentant un risque modéré mais significatif pour le réseau aquatique sera t-elle jugée comme moins préoccupante si les eaux de ruissellement qui en sont issues passent par une zone enherbée ou boisée susceptible de jouer un rôle tampon [voir encadré]. 

A cette échelle, il convient également de prendre en compte les pratiques mises en œuvre au sein des exploitations présentes sur le bassin versant considéré (au niveau du siège d'exploitation, mais également au niveau de l'exploitation dans son ensemble, puisque c'est à cette échelle que sont raisonnées les rotations culturales et que sont décidées pratiques culturales, stratégies de traitement ...).


Un tel diagnostic peut permettre de hiérarchiser les parcelles entre elles pour mettre en place, le cas échéant, un plan d'action pertinent, mais aussi pour identifier les leviers d'action les plus efficaces. Il peut également permettre de comparer entre eux des bassins similaires (du point de vue de leurs caractéristiques agro-pédo-climatiques) et décider du bassin sur lequel intervenir ou faire porter un suivi de la qualité de l'eau en priorité.
Aménager l'espace pour limiter les transferts de pesticides
Une fois une zone identifiée comme pouvant participer au risque de contamination, il importe de mettre en œuvre des solutions pour limiter ces risques. Pour fixer les idées, si l'on se place sur un petit bassin dans un contexte strictement agricole, on pourra agir à trois niveaux complémentaires :


1 - Au niveau des parcelles identifiées comme pouvant contribuer à la contamination, en raisonnant et contrôlant au mieux les quantités de produits apportées sur la parcelle : choix de variétés rustiques pour les cultures, mise en place de rotations culturales permettant de limiter l'apparition de nuisibles, raisonnement des traitements (date d'application, dose et formulation des substances actives), travail du sol adapté (quand c'est possible, travail du sol perpendiculaire à la pente, mise en place d'une interculture...). Dans le cas d'une circulation essentiellement verticale de l'eau (voir § diagnostic à l'échelle de la parcelle), seules des actions à ce niveau seront être efficaces,


2 - Au niveau des exploitations agricoles présentes sur le bassin. Compte tenu de la perméabilité souvent très faible des zones où sont implantées les exploitations (zones imperméabilisées, sols tassés), les pollutions engendrées au niveau des sièges d'exploitations sont souvent assimilées à des pollutions ponctuelles, et peuvent être significatives. Il convient donc de les limiter au mieux, en prévoyant un aménagement particulier- type BiobedR- pour la vidange des fonds de cuve (qui auront été auparavant trois fois rincées au champ), en aménageant une aire de remplissage et en adoptant des méthodes non chimiques pour le nettoyage des bords de parcelle,


3 - Au niveau des zones intermédiaires entre les parcelles et le réseau hydrographique, quand la ressource considérée est superficielle et que les transferts de pesticides se font essentiellement via des écoulements superficiels ou peu profonds. Il est dans ce cas possible de limiter les transferts, en ralentissant les écoulements et favorisant la dissipation des produits au sein d'éléments du paysage adaptés, soit aménagés de façon spécifique, soit préexistants. Ces éléments du paysage peuvent être des dispositifs enherbés ou boisés, ou des zones humides artificielles. Les fossés, qui représentent un autre type d'aménagement jouent plutôt en général le rôle de court-circuits, en facilitant l'évacuation de l'eau et des substances. On peut toutefois diminuer leur rôle négatif en ralentissant les transferts et en favorisant la rétention des substances, notamment en les entretenant par une fauche (avec résidus laissés en place) plutôt que par un curage. Les zones humides artificielles, en offrant aux pesticides un long temps de séjour dans un environnement le plus souvent riche en matière organique peuvent favoriser leur rétention puis leur dégradation. Ces structures peuvent notamment s'avérer très utiles dans un contexte où l'infiltration est limitée et/ou où les écoulements superficiels sont concentrés, c'est à dire quand les dispositifs enherbés ou boisés ne sont pas efficaces.


Ces derniers doivent en effet l'essentiel de leur efficacité dans l'abattement des flux transférés par ruissellement à l'infiltration de l'eau en leur sein. En effet, la présence de végétation pérenne favorise une perméabilité très forte du sol, et la teneur élevée en matière organique (liée à la décomposition des matières végétales et à une activité biologique importante) entraîne une rétention accrue des substances infiltrées. Des études récentes ont ainsi montré, pour un sol sableux très perméable du Beaujolais viticole que les quantités de produits phytosanitaires infiltrés au sein de la bande étaient en grande partie retenus puis dégradés au sein de la bande, n'induisant pas ainsi de transfert de pollution des eaux surperficielles vers les eaux souterraines. Ces résultats restent toutefois à transposer à d'autres contextes.


La généralisation des bandes enherbées le long des cours d'eau, liée au contexte réglementaire (respect des bonnes conditions environnementales de la PAC) est donc en général bénéfique, à la fois comme zone non traitée, comme protection contre la dérive de pulvérisation, et comme outil permettant de limiter le transfert de pesticides par le ruissellement. Rappelons toutefois que l'essentiel de l'efficacité de ces structures est liée à l'infiltration : dans les zones où cette infiltration peut être limitée (sol engorgé par exemple), il est donc préférable de les implanter en amont sur les versants, pour préserver au mieux leur capacité d'infiltration. Dans tous les cas, il faut favoriser au maximum la dispersion des écoulements, leur concentration pouvant nuire à l'infiltration des eaux ruisselées : ce point plaide également pour une implantation en amont sur les versants.
Notons enfin que les zones de karst sont une exception, dans le sens où des aménagements superficiels (par exemple dispositifs enherbés) peuvent permettre de protéger les eaux souterraines, si les zones d'engouffrement sont protégées.

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