Echelle de la parcelle
Le CORPEN propose une méthode de diagnostic à l'échelle de la parcelle qui conduit à l'identification de parcelles « à risque » (de transfert de pesticide) ou non à risque : sur ces dernières, on considèrera qu'il est suffisant de respecter des bonnes pratiques agricoles (ce qui est nécessaire dans tous les cas), alors que sur les premières, il conviendra d'aller plus loin et de proposer des pratiques ou des aménagements spécifiques, adaptées aux conditions locales. On renverra au document [1] pour une présentation précise de ce diagnostic, en se contentant ici de présenter les grandes lignes de la démarche.
Conformément à ce qui a été dit plus haut, celle-ci s'appuie, avant tout, sur la compréhension du partage de la circulation de l'eau, selon le schéma général de la figure X. Ce schéma est décliné en identifiant la présence ou l'absence des principales caractéristiques du milieu qui influent sur les mouvements de l'eau :
- sensibilité à la battance : fragilité du sol qui induit son imperméabilisation (et donc du ruissellement) plus ou forte sous l'action des pluies ;
- hydromorphie : présence d'un excès d'eau dans l'horizon supérieur du sol, du à la présence d'une couche imperméable à faible profondeur ; cet excès peut engendrer lui aussi du ruissellement quand le sol est complètement saturé ;
- existence éventuelle d'un réseau de drains enterrés qui réduisent cet excès d'eau (et donc le ruissellement qu'il engendre), mais au prix d'un transfert d'eau rapide sous la surface du sol vers les eaux superficielles.
Figure X : Ruissellement de surface, écoulement hypodermique et infiltration (CORPEN 1999)
Ces éléments sont croisés avec le type de pluie (pluies hivernales, longues et peu intenses, orages violents et courts pendant la belle saison). Cette typologie, élaborée au niveau national, doit être adaptée aux particularités des conditions régionales. Elle permet, en simplifiant, de distinguer les parcelles où le transfert est principalement vertical et celui où le transfert latéral (ruissellement et/ou écoulement hypodermique) est significatif.
A ce stade, deux types d'informations doivent être apportées en complément :
- concernant l'infiltration verticale : identifier si le sol a un réel pouvoir épurateur, ce qui dépend principalement de son épaisseur, de sa texture et de sa richesse en humus ; en effet, une fois le substrat géologique atteint, l'épuration devient généralement très faible ou nulle. La présence d'une nappe souterraine non protégée par un imperméable est à noter.
- concernant les écoulements latéraux : vérifier l'éventuelle présence d'une zone tampon susceptible de les intercepter, avant qu'ils atteignent la ressource en eau.
Un point mérite d'être signalé : on associe facilement transfert par ruissellement et pollution des ressources superficielles, transfert par infiltration et pollution des nappes. C'est effectivement souvent ainsi ; cependant, les contre-exemples ne sont pas si rares : engouffrement du ruissellement en régions karstiques ou alimentation d'une rivière par la nappe, à titre d'illustration.
De tout cela découle le classement de la parcelle selon le risque de transfert. Et, le risque échéant, quelles seront les solutions correctives adaptées. On illustrera ceci par les exemples suivants.
• Cas d‘une parcelle avec un sol très perméable et mince, sur un sous-sol également perméable : toujours à risque
• Cas d'une parcelle avec un sol profond de texture fine : en général pas à risque ; du moins en période estivale : en hiver et si les pluies sont abondantes, il peut y avoir transfert vers la nappe des molécules peu adsorbables.
• Cas d'un sol avec un horizon imperméable à faible profondeur : en hiver, la saturation en eau provoquera le ruissellement et l'entraînement des pesticides ; par contre, pendant la belle saison le risque disparaîtra.
• Cas d'un sol profond mais sensible à la battance : en fonction des caractéristiques saisonnières des pluies et de l'époque d'apparition habituelle de ce phénomène, la ou les périodes à risque pourront être identifiées.
La saisonnalisation du risque permet d'ajuster les pratiques correctives en fonction de la période d'application des différents produits, en rapport avec les différentes cultures (désherbage de printemps ou d'automne, par exemple). Le risque associé à un écoulement latéral peut être supprimé par la mise en place d'une zone tampon, dans la mesure où elle est efficace [voir encadré] : implantation d'une bande enherbée ou transformation en prairie d'une parcelle cultivée en aval. En revanche, la maîtrise du risque de transfert vertical ne peut être obtenue que par la modification des pratiques dans la parcelle.
