Stratégie de lutte contre les mauvaises herbes à Lyon
Pourquoi avez vous engagé une politique de réduction des herbicides contre les adventices ?
Avant tout, il faut savoir que la Ville de Lyon gère près de 400 ha d'espaces verts (Evs) ce qui représentait jadis une dépense en produits phytosanitaires importante car l'ensemble devait être exempt de tout adventice et de parasites (champignons, virus, insectes etc...). La consommation de produits phytopharmaceutiques était importante, était néfaste pour l'environnement et coûtait cher.

On laisse plus facilement la place
aux "mauvaises herbes"
La décision « Zéro Phyto » a été prise par le directeur des Espaces verts dès 2002 pour plusieurs raisons : les pesticides représentent un danger réel pour la qualité des eaux, or les ressources en eau souterraines lyonnaises ainsi que l'eau du Rhône sont de qualité plutôt bonne, il fallait donc veiller à conserver cette qualité. De plus l'utilisation des phytosanitaires représentait un risque réel pour la santé des applicateurs mais aussi pour le public fréquentant les espaces verts. Cela n'avait rien à voir avec un fonctionnement durable.
L'objectif « Zéro Phyto » fut donc lancé, malgré les difficultés qu'il présentait.
Tout fût réalisé progressivement malgré les nombreuses contraintes. L'acceptation du concept et du projet fit l'unanimité des élus qui ne désiraient pas, néanmoins, voir le budget des espaces verts augmenter. Il fallait employer les techniques les moins onéreuses possibles pour gérer le même parc d'Evs avec la même somme d'argent, alors que les techniques alternatives aux pesticides sont souvent plus chères, en termes de moyens économiques, humains, et matériels.

Aucun herbicide n'est utilisé
pour entretenir les petits chemins
Quels sont les moyens que vous avez utilisés ?

Espace vert laissé enherbé
et non tondu autour de l'arbre
La mise en place d'une gestion différenciée des espaces verts (c'est-à-dire un entretien adapté à chaque espace) a permis de réaliser des économies et de gagner du temps. Ces gains peuvent ensuite être réaffectés pour l'utilisation de nouvelles techniques comme la lutte biologique :par exemple des lâchers de coccinelles contre les pucerons. Le but était de ne plus employer aucun pesticide à l'horizon 2007. La ville s'est engagée pour ses Evs, dans une démarche qualité environnementale ISO 14001 avec un programme d'actions beaucoup plus vaste que le simple objectif « zéro phyto » : gestion de l'eau, des déchets, maîtrise des pollutions, consommation d'énergie, préservation de la biodiversité.... L'objectif est de pratiquer une gestion en tous points respectueuse de l'environnement. Ce projet va dans le même sens et même plus loin que l'agenda 21 qu'a rédigé le Grand Lyon pour la mise en place d'une vraie politique de développement durable sur l'agglomération.
Une réflexion a été engagée pour savoir où étaient utilisés les pesticides et s'ils étaient vraiment nécessaires. Aujourd'hui il n'y a presque plus aucun traitement. Sauf exception, l'herbe pousse à nouveau entre les pavés et au pied des arbres, les fleurs égaient les pelouses, et les rares végétaux trop malades peuvent être remplacés par des espèces plus résistantes aux maladies ou aux ravageurs .
Il faut trouver un compromis pour l'apparence des Evs afin que les administrés n'aient pas le sentiment qu'ils soient laissés à l'abandon. Cela veut dire que l'on pourra laisser une parcelle enherbée si les personnes résidentes aux alentours n'en trouvent aucune gêne en veillant à intervenir pour éviter que l'impression de « laissé à l'abandon » ne prédomine. (mais attention : notre rôle est aussi « d'éduquer » le public, de le pousser à changer sa conception d'un espace « bien entretenu ») D'ailleurs les plantes non semées peuvent avoir un charme certain selon l'appréciation des gens. Certains jardins botaniques comme le domaine du Rayol dans le Var savent valoriser toute herbe à laquelle on attribue généralement le qualificatif de « mauvaise » et la faire apprécier en temps que végétal esthétique en lui-même. L'aspect de la ville devient plus vert, plus naturel, et les administrés s'habituent progressivement à un entretien moins systématique. Pour cette opération la communication et la sensibilisation comptent beaucoup. Des panneaux ont d'abord été conçus dans certaines zones pilotes pour sensibiliser les habitants. La communication passe aussi par divers média comme la presse, des feuilles d'explication distribuées, etc.... Chaque employé aux Evs est capable d'expliquer aux administrés ce qu'il fait et pourquoi.Les élèves des écoles primaires participent également à des lâchers de coccinelles, dans le cadre d'animations pédagogiques sur la nature et la protection de l'environnement, parce qu'il est fondamental de transmettre ce message aux plus jeunes.
Pour ce qui est des adventices, seules celles qui sont vraiment gênantes sont désherbées par la méthode thermique. On laisse pousser les autres. C'est ici qu'apparaît la gestion différenciée des Evs en fonction des sites, des usages, des caractéristiques paysagères etc... Le désherbage est effectué par choc thermique, qu'il vienne d'eau chaude, d'une flamme ou encore de plaques de céramique émettant des Infra-Rouge, de désherbeurs mécaniques qui grattent le sol et éliminent les adventices. Mme Soulier explique que le désherbage manuel est finalement le plus efficace et le plus simple, et que c'est lui qui devrait sans doute reprendre le dessus dans l'avenir, car la Ville ne retournera plus à l'emploi de produits phytosanitaires

Desherbage à flamme
Quels objectifs vous fixez vous encore pour les années à venir ?
« Nous avons encore des soucis au niveau du désherbage et c'est pourquoi nous réalisons des plans de désherbage dans le cadre de notre gestion différenciée des Evs. Chaque technicien du désherbage doit être formé pour savoir ce qu'il doit utiliser comme technique là où il se trouve. Il reste encore des points sur lesquels nous buttons, où nous ne savons pas comment nous passer de pesticides, trouver des solutions alternatives à tous les cas de figure, c'est tout l'enjeu des années à venir . Cela passe par des méthodes de lutte respectueuses de l'environnement, mais aussi par une réflexion plus en amont : le choix de végétaux adaptés aux conditions climatiques par exemple, et donc plus résistants aux maladies, la conception d'aménagements bien pensés, où le désherbage sera inutile... Et nous devons convaincre tous les acteurs du territoire de faire de même, car si les jardiniers sont les seuls à appliquer ces principes, ce n'est pas logique pour les usagers »
Quel message aimeriez vous faire passer à d'autres communes qui voudraient s'engager dans la même voie que vous ?
Nous sommes déjà très sollicités par de nombreuses personnes et communes. Je leur donne en général ces conseils :
L'objectif zéro phyto ne peut se comprendre et s'appliquer que dans une logique plus globale de gestion différenciée des espaces verts. Les anciennes « mauvaises herbes » doivent être appréciées dans un contexte différent ; on peut accepter une ville plus « naturelle », avec d'avantage d'herbes « folles », tant qu'elle n'est pas laissée à l'abandon. Nous ne sommes plus dans une vision des espaces verts « aseptisés ». Les attaques sur les plantes ne sont pas forcément très graves: certaines ont beau être attaquées par des pucerons, elles ne disparaîtront pas pour autant et continueront à donner des fleurs, inutile donc de les traiter ; il faut accepter cette nouvelle manière de voir les choses, être plus tolérant.
La sensibilisation du Public est aussi importante : il faut leur expliquer la démarche « Zéro Phyto » pour augmenter leur seuil de tolérance.. Une des missions des collectivités est notamment de transmettre ce message à tous les jardiniers amateurs qui utilisent eux aussi des techniques potentiellement polluantes, et dont le changement de comportement est indispensable.
Propos de Tatiana SOULIER,
Responsable environnement
et sécurité des Espaces Verts de la Ville de Lyon
Rédacteur: Olivier Neuckens
oneuckens(@)meretlittoral.com
