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Stratégie de lutte contre les ravageurs à Lyon

Pourquoi avez vous choisi de mettre en place des méthodes de lutte biologiques contre les parasites?

Le jardin botanique à choisi cette méthode alternative pour le respect et la protection de l'environnement afin de développer une gestion évolutive durable, faisant référence à l'agenda 21 mis en place depuis plusieurs années par la ville de Lyon, ainsi qu'à la certification ISO 14001 obtenue en 2005.
Cette stratégie est importante pour la protection sanitaire des personnes (public, personnel etc.) mais aussi pour la protection des végétaux et de la faune auxiliaire environnante.
Nous avons constaté au fil du temps, que les parasites présents dans nos collections végétales avaient développé une forte accoutumance aux pesticides, induisant de fait une surconsommation de produits phytosanitaires, dont les résidus volatiles pouvaient être néfastes à la qualité de l'air et des eaux superficielles (rivières, fleuves, eaux calmes etc.).

En mode biologique, cette résistance devient caduque, puisque le ravageur est éradiqué directement par prédation ou parasitisme, selon l'entomophage utilisé.
Au Jardin botanique de Lyon, le lancement du projet de lutte intégrée accepté par les élus, est venu de M.PAUTZ, Directeur, lors de son arrivée au Jardin, l'année 2000. Nous avons mis en place en Mars 2001 notre premier programme de PBI (protection biologique intégrée), en prenant compte les différents paramètres propres à chaque serre (température, hygrométrie, luminosité, infestations, mode de culture etc.) et en intégrant les connaissances actuelles dans le domaine de la lutte antiparasitaire pour réduire les doses de pesticides.

Le jardin botanique étant classé ERP (établissement recevant du public) et que, à ce titre, travaillant beaucoup avec différents organismes scolaires et de l'enseignement, l'enjeu de ce choix était majeur pour une bonne sensibilisation à des techniques « propres » mais également un meilleur confort d'accueil pour les visiteurs, les serres se devant d'être ouvertes tous les jours, fréquence que nous ne pouvions pas toujours respecter quand nous étions en mode chimique, pour cause de traitements et ce conformément à la loi.
En ce qui concerne le personnel, le risque de contamination des agents mettant en œuvre une application biologiques est nul; d'où un ressenti très favorable.

 

Jardin botanique de Lyon

 

 

Les moyens

 

Les moyens se traduisent par une combinaison de mesures (biologique, prophylactique, culturaux, physiques, chimiques) mais aussi par l'implication du personnel, un travail de recherche important, beaucoup d'observation, une transversalité entre différents organismes (fournisseurs, recherche etc.) et un budget adéquat pour la réalisation de cette entreprise. L'évolution de tous ces paramètres nous a permis au fil des programmes de devenir plus efficaces.
Nous pouvons dire qu'avec la technique biologique, le risque est constant: un lâcher d'auxiliaires arrivera-t-il à mettre fin à une pandémie de pucerons, cochenilles farineuses ou autre, rien n'est moins sûr, car la lutte biologique n'est pas une science exacte: c'est ce que souligne M. Poyet. Il dit néanmoins que cette prise de risque est très intéressante et très enrichissante pour comprendre les mécanismes de la Nature et améliorer la lutte intégrée. Actuellement, au jardin botanique, la lutte biologique représente 80% de la lutte antiparasitaire parfois plus selon les espèces, et 20 % restent dévolus aux applications chimiques.
La maîtrise biologique de nos différents ravageurs s'établit comme suit :

100% pour les aleurodes (biologique) ; plus de traitements chimiques
95% pour les araignées rouges
80% pour les cochenilles farineuses
90% pour les pucerons
80% pour les trips
50% pour les cochenilles diaspines
80% pour les cochenilles carapaces

En protection biologique, il est illusoire de vouloir éliminer 100% des ravageurs, nous devons trouver le juste équilibre parasites/auxiliaires pour la conservation de ces derniers. C'est pourquoi nous avons défini un seuil de tolérance parasitaire nous assurant à la fois le bon état sanitaire et la pérennisation des collections et le maintien d'une faune auxiliaire.
Ce seuil de tolérance a été défini en fonction de la présentation végétale que le jardin botanique souhaitait développer au regard du public. C'est l'appréciation de ce seuil de tolérance qui détermine l'intervention.
Nous considérons que le seuil de tolérance est atteint lorsque : la présence des ravageurs devient gênante pour l'esthétisme de la plante, mais sans nuire à son développement.
Dans ce cas, l'intervention est entièrement biologique.

Jardin mexicain à Lyon

Le seuil de tolérance est dépassé lorsque : la présence des ravageurs occasionne un affaiblissement, une altération du végétal (pigmentation, décoloration, déformation, défoliaison, flétrissement, rabougrissement des parties aériennes, arrêt de croissance) pouvant entraîner son dépérissement.
Dans ce cas, l'intervention est très majoritairement biologique, avec si nécessaire une application chimique régulatrice à action ovicide, larvicide de très faible volume.
Nous essayons de maintenir une faune auxiliaire en place, afin de retrouver le fonctionnement naturel d'un écosystème.
On sait, en effet, depuis quelques années déjà que plus la biodiversité dans une parcelle est stable, aux mieux l'écosystème saura « se battre » contre l'intrusion de nuisibles
Cet aspect des choses est naturellement bien perçu par le Public mais renforcé par une sensibilisation continue.

Dans l'avenir,

la Ville souhaite arriver à ne plus utiliser de produits phytosanitaires; c'est en particulier le vœu du responsable des espaces verts M. BOULENS.
Le challenge sera difficile à relever, mais riche d'enseignements pour les générations à venir. La volonté de la Ville de Lyon est de maîtriser d'abord les parasites ce qui est en bonne voie, puis ensuite de lutter de manière biologiques contre les bactéries et champignons. On se penche sur l'emploi de phytostimulants pour renforcer la partie immunitaire des végétaux, ce qui permettrait d'avoir des plantes plus résistantes aux parasites et maladies.

Message aux autres communes de France

Le passage du tout chimique au tout biologique doit se faire par étapes, en se fixant des objectifs précis. Il faut développer cette stratégie de manière réfléchie, ou ténacité rime avec efficacité. Les deux modes (chimiques et biologiques sont complémentaires.).

Et Monsieur Poyet de conclure : « il est possible dans une commune de gérer la lutte antiparasitaire avec des moyens biologiques, de plus en plus de villes en France se dirigent vers cette option.
Le mode biologique représente un surcoût important dans un programme de PBI, mais qui se justifie par rapport aux avantages qu'il génère en terme d'écotoxicité.
Je pense que la vision d'ensemble de la lutte antiparasitaire qui conduit à l'approche de la PBI, ne doit pas être perçue de manière manichéenne, mais au contraire comme l'expression d'une alchimie, et je crois que la lutte intégrée en est un bel exemple ».

 

 

 

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