Pourquoi tendre du "Tout Phyto" vers le "Zéro Phyto" ?
Dans le service Espaces Verts plusieurs personnes sensibles aux problèmes d environnement et en particulier des risques de pollution de la ressource en eau ont initié la démarche tendant vers le "Zéro Phyto". De plus ce fût aussi une demande des administrés relayée par la volonté des élus. Devant le durcissement de la législation qui autorise de moins en moins d épandage de produits actifs et demande des techniques de pulvérisation plus sévères respectant l environnement et la population, la décision à terme de ne plus utiliser du tout de produits phytosanitaires ou en tout cas tout faire pour, fût prise.
De plus certains produits très efficaces et relativement respectueux de l'environnement furent bannis à cause de la pression exercée par les écologistes. La demande d'homologation en Europe n'a plus été demandée et le produit ne sera plus utilisé. C'est ce qui se produira certainement pour un Roundup qui donnait toute satisfaction d'un point de vue efficacité comme du point de vue du respect de l'environnement.

Protection biologique intégrée
grâce aux Chrisopes
De même, la loi ont interdit le délai de retour sur zones traitées avec certains produits durant 24 à 48 h. C'est une réglementation applicable facilement en agriculture mais plus difficile à mettre en œuvre en ville. Il faudrait, pour appliquer la loi, paralyser la rue pendant 24 à 48 h ce qui est impossible. La quantité de produits phytosanitaires (insecticides et herbicides) a été réduite de 80 % en cinq années et la démarche de réduction de ces produits continue anticipant ainsi les contraintes futures imposées l'évolution de la réglementation.

Protection biologique intégrée
grâce aux Adalias
Les moyens utilisés
"Nous considérons que toute Substance active (SA) , qu'elle soit synthèse ou autorisée en culture biologique, est avant tout un produit chimique dont on ne connaît pas tous les effets. Nous recherchons donc des procédés alternatifs à tous ces produits comme les auxiliaires de cultures ou certains micro-organismes très spécifiques. Les techniques culturales sont aussi un bon moyen de limiter nos interventions chimiques," -indique Jacques Ginet, technicien en charge de la protection des végétaux : par exemple pour lutter contre les pucerons nous employons des méthodes de Protection Biologique Intégrée (PBI) en introduisant des prédateurs (Chrysopes, Coccinelles, Syrphes ou Cécidomyies) ou bien des parasitoïdes (1) comme des petites guêpes nommées Aphidius."

Les Aphidius, des parasitoïdes très efficaces
En même temps nous essayons de créer les conditions favorables à l'établissement durable de ces auxiliaires dans notre ville."
Cette méthode s'appelle la "Lutte biologique par conservation".
En ce qui concerne la lutte contre les mauvaises herbes (adventices), la Ville de Grenoble ne s'est pas laissée séduire par les sirènes du désherbage thermique(2) qui consomme beaucoup d'énergie et dégage de nombreux produits toxiques comme les gaz à effet de serre ou les dérivés aromatiques cancérigènes.
La libération de CO2 dans l'atmosphère peut varier de 150 Kg à 1,5 T par hectare et par an, suivant la technique employée. La plus polluante étant celle qui utilise l'eau chaude combinée avec de la mousse de noix de coco et de l'amidon de maïs. Cette méthode est aussi la plus onéreuse.
La ville de Grenoble souligne qu'elle n'a pas de solution satisfaisante pour l'instant à part le désherbage manuel mais celui-ci reste d'un coût élevé malgré son efficacité. La solution reste du domaine politique.
Comment cela s'est-il passé ?
En 1996 les premiers essais de PBI ont été menés sur une petite surface : Celle des serres botaniques. Les résultats encourageants ont conduit à développer ces méthodes dans un premier temps aux serres de production où il a fallu former le personnel à cette nouvelle façon d'appréhender la lutte antiparasitaire.
En 2003, une nouvelle étape a été franchie avec la décision de protéger ainsi les végétaux d'extérieur. Ce fut une gageure car il n'y avait pratiquement pas de précédent en France.
Là aussi les résultats positifs ont été encourageants et actuellement le Service des Espaces Verts de Grenoble est en pointe parmi les villes françaises en ce domaine.

Larves de Syrphes
et Protection bilogique intégrée
L'arrêt des traitements sur les arbres de périmètres étendus a permis à de nombreux auxiliaires indigènes de recoloniser les espaces verts et les arbres de la ville aidant ainsi la démarche du service. Mais il serait illusoire d'espérer rapidement un résultat "Zéro Phyto". Les connaissances techniques actuelles ne le permettent pas.
Cette année la Ville de Grenoble, en liaison avec L'Institut National de Recherche Agronomique (INRA) relayé par la Fédération Régionale De lutte contre les Organismes Nuisibles (FREDON Rhône Alpes) tente l'introduction d'un auxiliaire encore à l'étude le Neodryinus typhlocobae pour enrayer la progression d'un nouveau parasite : la Cicadelle pruineuse, venue d'Amérique, qui cause déjà de lourds dégâts dans les cultures du sud de la France.
Tout cela demande bien sûr de la part du personnel du service des Espaces Verts de la Ville de Grenoble un gros effort de formation et de recherche des connaissances.

Larve de coccinelle efficaces en PBI
Le message qu'on peut délivrer
Pour mettre en place cette méthode, il faut arrêter de traiter systématiquement contre tous les insectes, acariens dans un périmètre donné.
Pour les champignons parasites c'est une autre question car il n'existe pas encore suffisamment de moyens alternatifs homologués.
Il faut aussi être très vigilant et intervenir par des lâchers d'auxiliaires dès que possible pour éviter l'infestation.
Il est aussi très important de former le personnel à la connaissance de la lutte intégrée biologique et aux enjeux qui s y rattachent comme le respect de la qualité de l'eau des nappes souterraines, à la reconnaissance des adventices et des insectes parasites pour, le cas échéant, intervenir en PBI; la réponse est plus lente mais aussi efficace qu'avec un pesticide.
Le dernier point à souligner est qu'avant de pouvoir obtenir des résultats sur un secteur conduit en PBI, il faut attendre au moins deux années sans traitement.
(1) Parasitoïde : insecte qui se développe dans le corps de sa proie conduisant rapidement celle-ci à une mort certaine avant toute possibilité de reproduction.
(2) Désherbage thermique : est basé sur une élévation soudaine de la température au niveau de la plante (entre 800 et 1300°C). Cela fait éclater les cellules touchées, mais n'atteint pas la partie souterraine de la plante qui peut ainsi redémarrer. Les interventions doivent être renouvelées plusieurs fois dans la saison (entre 3 et 5 fois).
Ville de Grenoble, M. GINET »
Propos recueillis par Olivier Neuckens
oneuckens(@)meretlittoral.com
