Milieu urbain : un transfert rapide des herbicides dans l'eau
Appliqués en milieu urbain sur des sols fortement imperméabilisés, les herbicides chimiques transfèrent rapidement dans les eaux de ruissellement comme le prouvent deux études menées par la FEREDEC Bretagne.
Une étude à l'échelle d'un petit bassin versant urbain
La première étude est conduite sur la commune de Vezin Le Coquet (Ille et Vilaine) en partenariat étroit avec la municipalité et les services techniques de Vezin Le Coquet, Rennes Métropole, l'AUDIAR et la FEREDEC Bretagne. Cette étude vise à identifier les niveaux de transferts des herbicides dans les eaux de ruissellement.

L'agglomération de Vezin Le Coquet est traversée par le ruisseau de la Rosaie. L'étude a pour objectif de mesurer le niveau de transfert des herbicides appliqués par les services techniques de la commune pour l'entretien de la zone urbanisée. Pour cela, lors de chaque épisode pluvieux succédant un traitement herbicide réalisé par les services techniques, des prélèvements d'eau sont réalisés dans le ruisseau de la Rosaie. Cinq points de prélèvements sont identifiés :
- En amont de l'agglomération pour mesurer les concentrations d'herbicides dans le ruisseau avant son passage dans le bourg ;
- En aval de l'agglomération pour connaître les concentrations des herbicides après le passage du bourg ;
- trois sous bassins constitués :
• du centre bourg où il n'y a que la commune qui intervient en traitement ponctuel (au tâche par tâche) ;
• un lotissement où il n'y a que les particuliers qui pratiquent le désherbage ; les services techniques de la communes n'intervenant pas dans ce lotissement ;
• le terrain de football drainé et désherbé tous les deux ans par les services techniques.
Cinq grandes conclusions se dégagent de cette étude :
- Appliqués en milieu urbain sur des surfaces majoritairement imperméabilisées, les herbicides transfèrent massivement dans les eaux de ruissellement. En effet, les prélèvements d'eau réalisés aux exutoires des sous bassins versants présentent des concentrations d'herbicides très élevées (parfois plusieurs centaines de µg/l) ;
- Bien qu'étant une avancée en terme de pratiques d'entretien, le désherbage chimique raisonné au tâche par tâche des voiries et trottoirs n'est pas une solution suffisante pour réduire le transfert des herbicides dans l'eau. En effet, à la suite d'un traitement au glyphosate appliqué en localisé, près de 180 µg/l de glyphosate sont mesurés à l'exutoire du sous bassin versant du centre bourg.
- Les surfaces perméables drainées, tels les terrains de football, sont sujettes à des transferts rapides et massifs des pesticides vers les eaux. Les désherbants sélectifs employés tels le MCPA et le MCPP sont directement relargués dans les eaux à des teneurs d'autant plus importantes que la première pluie est proche du traitement. Des concentrations de plus de 600 µg/l de ces matières actives ont été observées à l'exutoire des drains du terrain de football.
- De même, le traitement de surfaces non drainées (massifs ponctuels d'arbustes) peut être source de pollution. Pour exemple, les pesticides appliqués, même parcimonieusement, sur les massifs en 2002 ont été détectés à la sortie du réseau d'eaux pluviales du centre bourg à hauteur de 0,2 μg/l d'isoxaben et 0,24? μg/l d'oryzalin.
- Tous concernés ; En effet, à l'exutoire du sous bassin versant du lotissement entretenu uniquement par les particuliers, des concentrations de près de 80 µg/l de glyphosate sont observées alors que ni les services techniques de la commune, ni un prestataire d'entretien ne sont intervenus.
Cette étude montre bien la sensibilité du milieu urbain au transfert d'herbicides dans les eaux de ruissellement. Comparées aux normes « Eaux destinées à la consommation humaine » qui obligent d'avoir des concentrations inférieures à 0.1µg/l par substance active et inférieures à 0.5µg/l pour l'ensemble des substances, les concentrations d'herbicides relevées aux exutoires sont très importantes mais sont à pondérées car au fil du ruisseau, elles seront diluées.
Une étude à l'échelle de la zone traitée
Un site expérimental a été aménagé sur la commune de Pacé (Ille et Vilaine) pour mesurer les transferts de produits phytosanitaires utilisés pour le désherbage des zones urbaines. Ce site est constitué de deux allées contiguës, l'une perméable (allée sablée), l'autre imperméable. La pente est de 3,8%. Chaque zone est séparée de l'autre par des bordures et comporte un piège à eau à son exutoire. Les herbicides sont appliqués sur chaque surface. Lors des évènements pluvieux, des prélèvements sont effectués dans les eaux de ruissellement collectées grâce aux pièges à eau et aux préleveurs automatiques.

Les deux allées contigües du site expérimental aménagé par la FEREDEC Bretagne
Durant trois ans des études de transferts des herbicides ont été réalisées sur ce site. Quatre molécules ont été étudiées : le diuron, le glyphosate, l'aminotriazole et le flazasulfuron.
Cette étude démontre que :
1- Les concentrations observées à l'exutoire des surfaces traitées sont très élevées (jusqu'à 8000µg/l pour le diuron sur zone imperméable)
2- Le transfert sur zone imperméable est plus rapide que sur zone perméable mais, lorsque l'on fait le bilan des quantités de matières actives exportées sur chaque type de surface pendant un an, on s'aperçoit qu'elles sont identiques. La zone imperméable relargue plus rapidement les matières que la zone perméable mais finalement, en un an, les quantités exportées dans les eaux de ruissellement, sont identiques.
3- Des différences de transferts apparaissent entre les molécules. En effet, appliquer à la même dose par hectare le même jour sur la même surface, le diuron transfère trois fois plus que le glyphosate.
4- Même si le pourcentage d'exportation dans les eaux est élevé, les molécules à faible grammage par hectare (exemple flazasulfuron) transfèrent moins en quantité que les molécules à fort grammage par hectare (exemple diuron)

Les préleveurs automatiques qui échantillonnent
des eaux de ruissellement des deux zones traitées

