L'entretien des espaces : une réflexion à conduire selon trois axes
Vouloir remplacer, de manière radicale et systématique, le désherbage chimique par des techniques alternatives curatives (désherbage thermique à gaz, désherbage à l'eau chaude, etc) relève de l'utopie et est voué à l'échec car ces techniques demandent généralement plus de temps. C'est la raison pour laquelle, la FEREDEC Bretagne et PROXALYS Environnement accompagnent les communes en leur proposant de redéfinir les objectifs paysagers des espaces communaux et d'orienter la réflexion selon trois axes classés par ordre de priorité :
- Eviter le développement des plantes spontanées par la conception, l'entretien des ouvrages et l'emploi de techniques alternatives préventives comme le paillage et les plantes couvre-sol ;
- Vivre avec les plantes spontanées. Dans un certain nombre de lieux, il est nécessaire de se demander si une éradication totale des mauvaises herbes est réellement nécessaire. En effet, il pourra être envisagé de laisser pousser les plantes spontanées et de maîtriser leur développement par une fauche régulière.
- Eradiquer les mauvaises herbes. C'est en dernier recours, lorsque les objectifs d'entretien de chaque lieu auront été revus et lorsqu'on aura réfléchi aux deux points précédents, qu'on fera appel aux techniques alternatives curatives sur les surfaces présentant un risque élevé de transfert des herbicides vers les eaux de ruissellement et nécessitant un entretien strict. L'emploi des techniques alternatives curatives sera donc réservé à ces zones et en aucun cas généralisé à toute l'agglomération.

En milieu urbain, dans une zone verdoyante, un trottoir enherbé fauché régulièrement.
Seul le passage des piétons fait l'allée
La conception des ouvrages pour limiter le développement des « mauvaises herbes »
Il est primordial de limiter le développement des plantes spontanées en réalisant une réfection des ouvrages ou en cherchant à mieux les intégrer dans le paysage urbain. Une approche fine sur la conception différenciée des espaces urbanisés doit permettre d'adapter des solutions durables.
Identifier les lieux de développement des "mauvaises herbes"
En milieu urbain, notamment sur le complexe « voirie - caniveau - trottoir », de nombreux endroits sont propices à l'accumulation de matière organique et de graines, et donc au développement de "mauvaises herbes".
Les interstices creusés au fil du temps dans les joints de la voirie, des caniveaux, des bordures et des trottoirs sont autant d'endroits où les plantes se développeront facilement, et ou leur croissance accéléra la dégradation des ouvrages. C'est la raison pour laquelle on limitera aux maximum les ruptures de revêtement.

Ouvrages existants : une réfection nécessaire
Dans un premier temps, il s'agit d'identifier les problèmes : les joints de caniveaux et de bordures, les pieds d'arbres et de mobilier urbain, etc.
Dans le premier cas, il sera souvent nécessaire d'engager un programme de réfection des joints, lieux propices au développement des plantes non désirées. Même si ces travaux sont parfois onéreux, leur coût sera vite rentabilisé (une voirie en bon état c'est moins de temps consacré au désherbage).

Des caniveaux complètement destructurés;
une reflexion s'impose pour limiter le desherbage
Nouveaux ouvrages : une réflexion dès la conception
Il conviendra dans les nouveaux aménagements urbains d'engager avec le concepteur une réflexion qui permettra de concevoir des espaces permettant soit de limiter le développement des mauvaises herbes soit d'intégrer le développement des plantes spontanées dans le paysage urbain.
La voirie et les caniveaux
Les zones de rupture de revêtement sont des lieux propices au développement des plantes spontanées. Ainsi, il conviendra de choisir des aménagements limitant les caniveaux pour simplifier au maximum la structure de la voirie. Par exemple des voiries ayant un seul caniveau central limiteront les endroits de développement des mauvaises herbes. Les joints de caniveaux devront être de bonne qualité afin de limiter leur dégradation rapide. Il sera préconisé également de repousser le revêtement de la voirie jusqu'à la base de la bordure pour réduire le nombre de joints.
Le choix des matériaux pour réaliser les caniveaux est également très important. C'est la raison pour laquelle on s'orientera de préférence vers des matériaux complètement moulés.
Les trottoirs et allées piétonnes.
Là encore, il conviendra de limiter les ruptures de revêtement et de favoriser au maximum des structures d'aménagement simples. Ainsi il faudra réduire les bordures entre les massifs et les trottoirs. De même, le choix du revêtement devra se faire en fonction de l'évolution future que l'on souhaite. En effet, en plein centre ville, on optera pour des matériaux résistants et imperméables alors que dans les lieux plus verdoyants, on pourra utiliser des matériaux plus perméables (sablés, ...) qui laisseront les plantes spontanées se développer. Le passage régulier des riverains permettra de créer un cheminement, le reste de la surface étant progressivement colonisé par les plantes. Une tonte, un broyage ou une fauche régulière permettra de maîtriser leur développement.

Une allée irrégulière dessinée par le passage des piétons
Le mobilier urbain
L'intégration du mobilier urbain dans l'aménagement devra être réfléchie pour faciliter le passage des machines comme les balayeuses. Dans de nombreuses situations, le mobilier urbain pourra être intégré dans une bande végétalisée.
Le choix du mobilier et son implantation sont primordiaux. Par exemple, on préférera des bancs publics avec un mono-pied ce qui facilitera l'entretien sous le banc. Pour l'installation du mobilier, une dalle béton ou un autre matériau coulé sous l'équipement permettra également de limiter la présence de plantes spontanées et facilitera l'entretien.

Des lampadaires intégrés dans une bande végétalisée facilite
le passage de la nalayeuse
Les parkings
La conception des parkings doit se faire en privilégiant le minimum de ruptures de revêtement pour ne pas favoriser la présence de plantes spontanées. La présence de bordures crée des recoins où la matière organique et les graines de « mauvaises herbes » s'accumulent et germent. Ainsi, on préfèrera des surfaces arasées favorisant l'écoulement des eaux et limitant ainsi l'accumulation de particules et de graines. Dans le cadre d'aménagements plus vivants, on favorisera l'implantation de parkings engazonnés réalisés à l'aide de dalles alvéolaires ou de mélange terre-pierre. Dans le cadre d'aménagement plus contraint, les parkings seront imperméabilisés et présenteront une légère pente sans obstacle afin de favoriser l'écoulement des eaux vers une noue.

Les massifs
L'implantation des massifs devra être étudiée afin de limiter l'accumulation de graines de « mauvaises herbes » en favorisant l'écoulement des eaux de ruissellement. Là encore, on préfèrera des surfaces arasées. L'aménagement devra également permettre la mise en place de paillage organique tel que les broyats de végétaux. Ainsi les massifs devront être décaissés d'une dizaine de centimètres pour faciliter la mise en place du paillage.

Un massif encaissé dans le revêtement.
Le paillage organique reste en place et le massif collecte toutes les eaux de ruissellement
