Quelles actions possibles pour limiter la contamination des eaux par les pesticides ?
Dans le paragraphe précédent on a vu que les actions visant à limiter la contamination des eaux par les pesticides se situaient tant au niveau de l'amélioration des procédures d'évaluation du risque avant la mise sur le marché qu'au niveau de la gestion du risque, une fois les substances épandues. La priorité doit être donnée aux actions à la source, c'est à dire avant que les substances n'atteignent la rivière ou la nappe d'intérêt. Les solutions curatives, et en particulier, le traitement de l'eau destinée à la consommation, assez coûteuses et peu satisfaisantes en terme de durabilité, ne devraient être envisagées qu'en dernier recours pour pallier les déficiences de fonctionnement ou de mise en œuvre des premières. On détaillera donc dans la suite les actions de gestion du risque à la source.
Les actions techniques pour limiter la contamination en gestion du risque
Ces actions sont de diverses sortes : en reprenant la classification proposée par l'expertise collective déjà citée, on en distinguera trois types, se différenciant par une réduction progressive de l'utilisation des pesticides :
(i) les actions visant à réduire les transferts de pesticides vers les eaux : pratiques agricoles améliorées ou aménagement du paysage (bandes enherbées, zones humides construites, végétalisation de fossés, ...) ;
(ii) les actions visant à réduire l'utilisation en affinant les critères de décisions de traitement et de dosage des applications ;
(iii) les actions visant à réduire l'utilisation des pesticides par le recours à des méthodes non chimiques et à rendre les systèmes de cultures moins dépendants de leur utilisation.
Nous n'insisterons pas plus ici sur ces solutions techniques , qui seront abordées plus en détail dans un article ultérieur ; nous préciserons seulement quelques points importants.
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Le premier et, dans une moindre mesure, le second type sont -relativement - bien maîtrisées techniquement, même s'il reste encore des interrogations à leur sujet en terme de connaissance scientifique et de développement technique. A leur niveau, le premier enjeu est de généraliser leur mise en pratique, ce qui suppose de mieux prendre en compte les aspects socio-économiques associées. Le troisième est le plus satisfaisant dans son principe, mais demande en revanche des efforts importants de recherche pour aboutir à des modes de production rentables à une autre échelle que l'agriculture biologique actuelle.
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Ces différentes solutions sont à considérer comme complémentaires, à la fois dans le temps et dans l'espace. Par exemple, une forte réduction de l'utilisation des pesticides peut être obtenue dès maintenant sur des territoires limités à fort enjeu, moyennant des compensations financières.
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Comme on l'a vu précédemment, le devenir des pesticides est fortement influencé par les conditions locales : procéder à un diagnostic des causes principales de la contamination des eaux est nécessaire pour identifier les solutions correctives les plus efficaces. Ce diagnostic peut être réalisé à différentes échelles territoriales (parcelle, exploitation, bassin versant, région), en fonction du niveau de décision visé.
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La dépendance technique et économique de la production agricole vis-à-vis des pesticides est plus ou moins prononcée selon les cultures et systèmes de production. On insiste sur le fait qu'elle est renforcée par les exigences de la distribution et des consommateurs de produits « zéro défauts » et se conservant longtemps. La recherche de solutions durables doit donc passer par une analyse globale de toute la filière de production.
Les moyens mis en œuvre
On a vu précédemment qu'il existait des outils réglementaires et incitatifs disponibles pour favoriser le développement d'actions correctives (dans le cadre de la PAC, notamment). Leur mise en œuvre est soutenue et encadrée par différentes instances nationales, régionales et locales. Sans prétendre être exhaustif, on citera les suivantes.
Au niveau national
Des bases techniques sont fournies par le CORPEN depuis une quinzaine d'années concernant les pratiques, les aménagements et le diagnostic. Les échelons nationaux du développement agricole jouent également un rôle à ce niveau. Les avancées scientifiques sont soutenus par l'Etat : directement ou via divers programmes de recherche (en particulier, d'une manière très spécifique, le programme « pesticides » du Ministère chargé de l'Ecologie). Récemment, le PIRP a précisé les actions qu'il entendait engager et favoriser.
Au niveau régional
Chaque région a mis en place un groupe régional d'action pour la réduction des pollutions des eaux par les produits phytosanitaires rassemblant les services régionaux de l'Etat, les Agences de l'eau et différents acteurs concernés (eau, domaines agricole et non agricole). Ces groupes sont chargés d'établir le diagnostic régional de la contamination et de ses causes (intégrant la vulnérabilité des ressources en eau, la pression d'utilisation des phytosanitaires, et les enjeux prioritaires au niveau régional), d'identifier les principaux secteurs à risque et de coordonner et soutenir les actions correctives.
Au niveau local
Les plans d'actions sont pilotés par de nombreux acteurs locaux, en fonction du domaine et des particularités locales : structures de bassin versants (syndicats, SAGE, ...), développement agricole (chambres départementales,...), collectivités (à la fois sous l'angle de la protection des ressources en eau et de la gestion des espaces verts.
Cette présentation générale sera complétée, dans les deux prochains numéros, par des développements spécifiques relatifs, notamment, à l'évaluation du risque lié aux pesticides dans la procédure d'homologation, à la surveillance des milieux aquatiques, aux solutions correctives en milieu agricole et non agricole...
Auteurs :
Gouy Véronique, Carluer Nadia, Gril Jean-Joël, UR Qualité des Eaux et Prévention des Pollutions, Cemagref, 3 bis Quai Chauveau 69336 Lyon
Barriuso Enrique, UMR INRA - AgroParisTech, Unité "Environnement et Grandes Cultures"
BP 01, 78850 Thiverval-Grignon
Coordination : Gouy Véronique
