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Constat d'une contamination généralisée

Une contamination généralisée des eaux a été mise en évidence mais elle est encore difficile à évaluer

Collecte d'echantillons en rivière

Collecte d'échantillons en rivière

Le premier état national relatif à la présence de pesticides dans les eaux en France a été réalisé par l'IFEN (Institut Français de l'Environnement) en 1998. Il est depuis actualisé chaque année, avec un décalage entre l'acquisition des données et la publication de la synthèse correspondante. Les données compilées proviennent de réseaux de suivi divers, gérés par des acteurs variés :

Mesures piezzométriques sur le terrain

L'ensemble de ces suivis montre une présence généralisée des pesticides dans les eaux, qu'il s'agisse des eaux de surface, souterraines, littorales ou de pluie. Cette présence s'exprime toutefois a des degrés divers : le rapport IFEN de 2004 (analyse des données acquises en 2002) a ainsi pu conclure à une qualité de l'eau « bonne » ou « très bonne » par rapport à l'altération « pesticides »pour 53% des 624 points d'observation de la qualité des cours d'eau pour lesquels des données interprétables étaient disponibles. La contamination a été jugée préoccupante pour une cinquantaine de points (8,4 % du total des points d'observation). Pour ce qui concerne les captages d'eaux superficielles destinées à la production d'eau potable, 67% des stations dans lesquelles des pesticides ont été détectés de façon quantifiable présentaient au moins un dépassement du seuil de 0.1?g/L.

Quant aux eaux souterraines, des concentrations en pesticides ont pu être quantifiées dans 60% des points de surveillance. Le suivi réalisé dans le DOM montre la présence, en Martinique et Guadeloupe, de composés organochlorés autrefois utilisés dans les bananeraies (insecticides) mais aujourd'hui interdits, ainsi que d'herbicides ou de fongicides.

Pour ce qui concerne les eaux côtières, la présence de pesticides semble localisée essentiellement au niveau des estuaires et de la bande côtière, les concentrations diminuant rapidement en s'éloignant des côtes. Les mesures effectuées dans le cadre du RNO concernent toutefois surtout des organismes sentinelles (mollusques bivalves, moules et huîtres) et non directement les eaux, et seuls quelques molécules y sont suivies. La mise en œuvre de la DCE devrait faire évoluer la situation.

Si ces différents suivis permettent de constater la présence généralisée de produits phytosanitaires et de mettre en évidence des contaminations dans les eaux, quelle que soit leur nature (surface, souterraine, littorale, pluie), il convient de souligner la difficulté, voire l'impossibilité, de déduire de ces observations des éléments objectifs et fiables sur le niveau moyen et la variabilité réelle (temporelle - à l'échelle de la saison et sur le moyen terme- et spatiale) de la contamination des eaux continentales. Cette difficulté a plusieurs sources :

Toutes les substances épandues (et leurs produits de dégradation/métabolisation) ne sont pas quantifiées, par suite notamment du coût des analyses et de difficultés méthodologiques. Il s'agit d'analyser des molécules à l'état de trace, sur des matrices parfois complexes (notamment dans le cas d'eaux brutes, non filtrées) : les molécules suivies sont donc essentiellement les molécules mères, épandues aux doses les plus fortes. Pour les mêmes raisons, les performances analytiques des différents laboratoires d'analyse sont très variables. Notons toutefois, d'une part le développement de l'analyse multirésidus (mais au prix d'une plus forte limite de quantification) et d'autre part la création d'un laboratoire de référence, dont une des missions sera l'harmonisation des méthodes d'analyse.

Les méthodes d'échantillonnage sont très diverses, et ne permettent souvent pas la comparaison de données acquises par des acteurs différents : échantillonnage ponctuel, intégré, à fréquence fixe ou soumis au dépassement d'un seuil de débit .... Notamment, les dates d'échantillonnage (typiquement de 4 à 12 prélèvements annuels en un point donné) sont souvent définis à date fixée, sans tenir compte ni de la pluviométrie effective, ni des principales périodes de traitement sur les bassins amont au point de suivi : les concentrations détectées reflètent donc en général un niveau de contamination chronique du cours d'eau considéré, et ne renseignent pas sur la dynamique des concentrations « vues » par le milieu. Cet aspect est très important pour les eaux superficielles, où les concentrations varient très fortement avec les débits, l'essentiel des exportations de pesticides se produisant lors des premiers événements pluvieux intenses suivant les traitements. Il est sans doute moins problématique pour les masses d'eau souterraines, où l'inertie des concentrations est plus forte.

Il n'existe pas actuellement de méthode qui permette de réaliser une analyse quantitative des données -pourtant nombreuses- obtenues, et notamment de renseigner sur l'évolution temporelle des degrés de contamination.

Hormis pour les suivis réalisés dans le cadre des groupes régionaux « phytos », les données obtenues ne peuvent que rarement être mises en regard de l'utilisation de ces produits sur les zones suivies (produits utilisés, doses, dates, pratiques)

Prise d'échantillons du milieu

Prise d'échantillons du milieu

Enfin, il convient de souligner également la difficulté de confronter ces données à l'état biologique du milieu. D'une part les concentrations en pesticides dans le milieu ne sont connues que de façon très épisodique, ne permettant pas de quantifier l'état chimique du milieu tout au long de l'année (notamment lors de pointes de concentrations) ; d'autre part les tests écotoxicologiques réalisés notamment dans le cadre de l'homologation des produits avant leur mise sur le marché, sont effectués dans des conditions très standardisées, pour un seul produit, et ne permettent pas de préjuger de l'effet d'un « cocktail » de substances dans le milieu réel.

Travail au Laboratoire

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